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La querelle de l'art sacré et son manifeste,
l'église Notre Dame de toute Grâce du Plateau d'Assy
L'église Notre Dame de toute Grâce a été construite entre 1937 à 1946 à 1 000 mètres d'altitude face à la chaîne du Mont Blanc sur le plateau d’Assy alors voué à la lutte contre la tuberculose.
L'architecte Maurice Novarina a édifié cette église, que l'on pourrait qualifier de style savoyard, inspirée des chalets de montagne. La façade triangulaire présente un auvent de cinq mètres de profondeur soutenu par six piliers de stature colossale. Le grès vert du gros œuvre accentue la rudesse du bâtiment qui majestueux et rugueux comme la roche environnante semble indestructible. Son campanile de vingt-huit mètres de haut rappelle que l'Italie est toute proche. L’intérieur ressemble à une chapelle romane, avec une nef flanquée de deux bas-côtés. Le chœur, en hémicycle, est entouré d’un déambulatoire et surplombe la crypte. Les différents volumes sont séparés par des arcades en plein cintre montées sur des piliers monolithes.
Partant de l’idée que « pour garder en vie l’art chrétien, il faut à chaque génération faire appel aux maîtres de l’art vivant » — sans tenir compte, ni de leurs croyances religieuses, ni de leur idéologie politique, le Père Dominicain Marie Alain Couturier, co-directeur de la revue Art Sacré y appliqua sa vision. Elle rompait avec celle de ses maitres des « Ateliers d'Art Sacré » animés par Maurice Denis, Georges Desroullières et Georges Rouault qui rejetaient le style saint-sulpicien. Ce courant esthétique d’images et d’objets religieux chrétiens, en particulier catholiques, ne correspondait, à leurs yeux, qu'à des redites sans âme et sans esprit et avait été décliné jusqu'à l'écœurement.
Elle est considérée comme l’un des édifices majeurs du renouveau de l'art sacré au 20ème siècle et sa figure emblématique.
« Aux grands hommes, les grandes œuvres »
Ce qui a fait la notoriété internationale de Notre-Dame-de-Toute-Grâce, c'est sa décoration confiée par l’abbé Devémy aux plus grands maîtres de la première moitié du 20ème siècle. De ce fait, l’humble église de montagne s’est transformée en un véritable manifeste des mouvements artistiques de cette époque, marquant un renouveau de l’art sacré.
Son ami le Père Couturier, responsable du programme décoratif de l’église, s’adjoint la collaboration des artistes les plus importants de l'époque. Ils acceptent tous de participer au projet avec enthousiasme. Parmi ceux-ci, Georges Rouault, Pierre Bonnard, Fernand Léger, Jean Lurçat et son élève Paul Cosandier, Odette Ducarre, Germaine Richier, Jean Bazaine, Henri Matisse, Georges Braque, Jacques Lipchitz, Marc Chagall, Jean Constant Demaison, Ladislas Kijno, Claude Mary, Carlo Sergio Signori, Théodore Strawinsky, etc., vinrent signer peintures, sculptures, tapisserie, vitraux, céramiques, mosaïques, pièces d'ameublement et objets de culte. Les artistes sont choisis pour leurs qualités artistiques et non pour leur engagement religieux ou politique.
Devant l’autel prend place le Christ de Germaine Richier, enjeu à partir de 1954 d’une violente polémique qui remonte jusqu’au Vatican. Cette sculpture fit scandale après la consécration de l’église en 1950. Elle fut jugée blasphématoire par les catholiques traditionalistes français et par l’entourage du pape Pie XII au Vatican. Les camps s’opposèrent fortement sur ce qui pouvait ou ne pouvait pas être représenté. Le 1er avril 1951*, l’évêque d’Annecy, fit retirer le Christ de l’église que ses détracteurs considèrent comme un simple « moignon sculpté » et comme « un rameau rachitique et couvert d'une espèce de moisissure » « fruit mort d'une cérébralité desséchée ». la catholique Germaine Richier en fut profondément choquée. L’œuvre fut remisée.
En revanche Bernard Dorival, conservateur du Musée d'art moderne, dans son article « L'Église d'Assy ou la résurrection de l'art sacré », fait l'éloge du Christ de Germaine Richier, « douloureux et grandiose, dont les bras, démesurément ouverts, inspirent confiance et respect, et dont l'expressionnisme pathétique se double d'une noble plasticité. » Pour Maurice Novarina, « Germaine Richier a exécuté un Christ extraordinaire. Elle lui a donné une autre expression que celle d'une indicible souffrance. Le caractère semi-figuratif de son œuvre nous entraîne à une méditation déchirée, qui débouche enfin sur la tendresse et sur un incomparable amour. »
Placé initialement dans le chœur derrière l'autel central, il fut relégué pendant dix-huit ans dans un placard de la sacristie avant d’être placé en 1966 dans une chapelle latérale. Il retrouva sa place dans le chœur en 1969, dix ans après la mort de l’artiste, et fut classé au titre des monuments historiques en 1971.
* ça ne s’invente pas