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La chapelle du Rosaire d'Henri Matisse à Vence
Cette conférence s’inscrit dans la continuité de celle sur « La querelle de l'art sacré et son manifeste, l'église Notre Dame de toute Grâce du Plateau d'Assy ».
En juillet 1943 Henri Matisse, fuyant les risques de bombardement sur Nice vient s’installer à Vence. Au foyer Lacordaire à Vence, non loin de là résident les sœurs dominicaines. Matisse y retrouve sœur Jacques Marie, qui fut son infirmière et garde de nuit en septembre 1942, après sa grave intervention chirurgicale de 1941. Durant ces moments difficiles, un lien d’affection et d’estime s’était noué entre eux.
En 1947, elle évoque le souhait des religieuses de voir leur communauté se doter d’une chapelle. Conseillée par Matisse, elle s’attèle à un projet de vitrail. Toujours en 1947, la rencontre de Matisse avec le frère Rayssiguier, passionné d’art moderne et convaincu de son influence positive sur l’art religieux, réussit à le convaincre de faire non seulement le vitrail mais également l’intégralité de la chapelle.
La chapelle du Rosaire — inaugurée le 25 juin 1951, trois ans avant la mort de Matisse — ultime chef-d’œuvre de l'artiste, est un projet qui l’a mobilisé corps et âme, durant quatre ans. « C’est dans la création de la chapelle de Vence que je me suis enfin éveillé à moi-même, et j’ai compris que tout le labeur acharné de ma vie était pour la grande famille humaine, à laquelle devait être révélé un peu de la fraiche beauté du monde par mon intermédiaire. Je n’aurai donc été qu’un médium. »
Cette œuvre est la synthèse totale de toutes ses recherches, dont il a créé les moindres détails, de l’architecture à la vaisselle liturgique, en passant par les vitraux, les céramiques murales et même les chasubles des prêtres. Pour cette œuvre qui participe au renouveau de l'art sacré, Matisse a collaboré avec le père Marie-Alain Couturier, l’architecte Auguste Perret et le maître verrier Paul Bony.
L'ensemble est conçu comme une recherche d'équilibre entre les couleurs et la ligne, au sein d'une architecture entièrement blanchie à la chaux, qui symbolise la réunion de toutes les couleurs mais rappelle aussi le costume méditerranéen traditionnel.
Le toit bleu et blanc du clocher, les vitraux sobrement colorés, réalisés à partir de gouaches découpées, sont contrebalancés par les lignes noires du clocher et des trois fresques intérieures sur fond blanc, représentant le Chemin de croix, une Vierge à l'enfant et un Saint-Dominique.
« J’ai remarqué que les dessins au pinceau et en noir contiennent en réduit, les mêmes éléments qu’un tableau de couleur, c’est-à-dire la différenciation de la qualité des surfaces dans une unité de lumière. C’est très évident lorsque le dessin est placé dans l’ombre. Le dessin est générateur de lumière. » Henri Matisse.
Matisse invente une forme radicalement personnelle d’art sacré. Son chemin de croix, réduit à quelques lignes d’une grande sobriété, suscite l’incompréhension.
« Le Chemin de croix est terminé […] sorte de grand drame dans lequel les scènes, quoique toujours accompagnées d’un chiffre, s’entremêlent en partant du Christ en croix qui a pris une dimension de rêve — comme tout le reste du panneau. […] Je crains que ce panneau soit difficilement accepté car il ne correspond pas trop à la conception des fidèles de Vence — pour lesquels la photo est un aboutissement infranchissable. Je vais tout de même faire cuire ce panneau — car il est définitif. Il sent le drame. »