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La gravure

 

Etienne Féau et Gérard Jullien ont donné une conférence sur l’histoire de la gravure en Europe et sur la relation que Gérard Jullien entretient avec la gravure et ses techniques… Le 26 mai, date choisie pour cette conférence, commémore l’arrêt pris en 1660 par le roi Louis XIV à Saint-Jean-de-Luz qui reconnaît la gravure en tant qu’art libéral et garantit aux graveurs leur liberté et leur indépendance de tout système corporatif.

La gravure relève des Arts graphiques. Cette technique consiste à inciser ou à creuser à l’aide d’un outil ou d’un mordant une matrice en bois ou en métal. Après encrage, celle-ci est imprimée sur du papier ou sur un autre support pour être multipliée et largement diffusée. L’œuvre ainsi obtenue s’appelle une estampe. Seuls les monotypes sont des estampes à tirage unique.

Les techniques de la taille douce

La technique de gravure la plus ancienne est celle de la gravure en relief sur bois (« taille d’épargne »). A la fin du XV e siècle elle fut relayée par celle du métal, appelée « taille douce », en creux. A partir de la fin du XVIII e et au XIX e s. apparaîtront de nouveaux procédés comme ceux de la lithographie, de la photogravure ou de la sérigraphie.

Etienne a présenté les différentes techniques et leurs outils au travers de gravures célèbres de Schongauer, Dürer, Rembrandt, Piranèse, Callot, Mellan, Lépicié, Goya, Vallotton et Picasso.

Les procédés à sec

Issue du travail des orfèvres du Moyen-Âge, la gravure en creux procède exactement à l'inverse de la gravure en relief : le trait est incisé sur une plaque de métal, cuivre ou zinc. La plaque peut être gravée à sec à l’aide d’un burin ou d’une pointe sèche. 

Le second procédé à sec est celui de la pointe sèche en acier que l’on manie comme un crayon : utilisée à partir du XVIIe siècle, elle creuse directement la plaque de métal mais, contrairement au burin, le copeau métallique, ou « barbe », adhère au sillon creusé et lors de l'impression, ces barbes retiennent l'encre, donnant des noirs veloutés et des ombres profondes.

La manière noire ou mezzo tinto, inventée au XVIIe s. en Allemagne : l'instrument requis est le berceau qui permet de « grainer » la plaque ; c’est le grain qui retiendra l'encre au moment de l'impression et donnera l’aspect d’un noir uni et profond. Le brunissoir est également utilisé, permettant à l'artiste d'effacer ou d’éclaircir par endroits, en écrasant les reliefs du grain.

Les procédés à l’acide

Ici c'est l’acide, appelé eau forte, qui prend le relai de la main du graveur, technique utilisée au Moyen-Âge pour la décoration des armes (damasquinage) et appliquée à l'estampe au XVe siècle. L’aquafortiste recouvre la plaque de cuivre ou de zinc d’un vernis dur composé de cire d’abeille, de bitume de Judée et d’essence de térébenthine. Avec une pointe, l'artiste dessine sur la plaque, griffant légèrement le vernis ; la plaque est ensuite plongée dans un bain d'acide (perchlorure de fer) qui attaque les traits en profondeur, lesquelles deviendront « tailles ». Après l'attaque des premières tailles, la plaque est rincée et décapée de son vernis ; elle peut être recouverte par endroits d’un nouveau vernis, replongée dans l’acide, ou bien, le plus souvent, retravaillée à la pointe sèche.

Apparue au XVIIIe siècle, l'aquatinte est un procédé de gravure à l'eau-forte. Ce procédé consiste à saupoudrer une plaque de métal d'une couche de poudre de résine protectrice plus ou moins dense. La plaque est alors chauffée afin de fixer l’aquatinte sur la plaque, puis plongée dans le mordant plus ou moins longtemps en fonction de la valeur souhaitée.

 

Le tirage

Une fois le dessin gravé sur la plaque par l'un de ces différents procédés, on passe à l'impression. La plaque est encrée à l’aide d'un rouleau encreur et d’une encre d’imprimerie. La seconde étape consiste à essuyer (on dit aussi « torcher ») la plaque à l’aide d’une poignée de tarlatane, de chiffon doux, voire d’une feuille de papier de soie, afin de ne plus laisser que ce qu'il faut d'encre au creux des tailles. Encrage et essuyage sont répétés à chaque tirage. Une fois sa plaque apprêtée, le graveur la pose sur le plateau d’une presse à taille douce, dessin vers le haut, avant de la recouvrir d’une feuille de papier chiffon préalablement humidifiée et calée à l’aide d’un patron. La presse à rouleaux exerce une forte pression pour permettre au papier d'aller chercher l'encre dans les tailles. Ces tailles recèleront plus ou moins d'encre selon qu’elles seront peu ou très profondes : on aura donc, une fois l'impression faite, des noirs très denses et toutes les valeurs de gris, jusqu’au blanc laissé en réserve.

Généralement tirées à peu d’exemplaires les épreuves, après avoir été séchées sous presse, sont numérotées et signées au crayon par leur auteur. 

 

Une expression toujours actuelle

 

Dans les Côteaux du Blanzacais, au lieu-dit Chez Gayet, à proximité du Maine Giraud, domaine historique du poète Alfred de Vigny, vit et travaille depuis plus de vingt ans Gérard Jullien, artiste peintre et graveur, ancien professeur de gravure à l’Ecole des Beaux-Arts d’Angoulême.

Gérard a commenté nombre de ses estampes où le dessin, la texture du papier et finesse du tirage se mêle l’intérêt poétique du sujet.

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